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| / Qu’est-ce qu’une photo d’art ? / Xavier Zimbardo
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« Qu’est-ce qu’une photo d’art ?
Quelle est la différence entre une photo d’art et une photo d’amateur ?
Comment lire et décrypter une photo d’art ?
Quelle est la place de l’artiste dans la société ?
Quelle est la différence entre une photographie d’art et une photo de mode, de publicité, de reportage, etc. »
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| © Xavier Zimbardo |
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Il ne s’agira pas d’une conférence, mais d’une errance, d’un vagabondage pour essayer d’approcher des réponses, puisque je suis d’abord un vagabond qui crée entre les abîmes de mes joies et de mes souffrances. J’essaierai donc simplement de vous transmettre un peu de cette expérience et de la perception du monde que j’ai reçue au travers de ces pérégrinations.
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| © Xavier Zimbardo |
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Puisqu’il s’agit de la photographie en tant qu’art, je n’ai pas limité mes références à la photographie, mais les ai ouvertes au vaste champ de l’art et des artistes. Le dialogue entre toutes les œuvres de toutes les époques et de tous les pays nourrit la création de tous les auteurs et fonde notre musée imaginaire.
C’est assez amusant que je me retrouve face à une telle tche, alors que je me suis consacré à la photographie justement pour exprimer et partager des choses que je ne pouvais pas faire passer par les mots. Parce qu’en art il s’agit bien de passage, de partage, de communion. Et que les plus belles œuvres ont à faire avec l’indicible et touchent au mystère absolu. « Touche », dans tous les sens du terme, est un mot important pour le propos qui nous occupe. La « touche » de l’artiste (sa manière de voir et de faire, sa manière de poser son pinceau ou son regard, de donner un éclairage mais aussi une ombre et une profondeur particuliers à ce qu’il regarde et à ce qu’il montre) va déterminer la manière dont il nous « touche », beaucoup plus que le sujet lui-même.
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« Dans une de ses lettres d’Arles, Van Gogh parle de ces instants où les émotions sont si fortes qu’on travaille comme sans s’en apercevoir, où les touches se suivent d’une façon cohérente comme les mots d’une phrase ou d’une lettre. A de tels moments, Van Gogh peignait comme d’autres écrivent. De même que l’écriture d’une lettre, enregistrant le geste de son rédacteur, peut nous révéler qu’il était alors sous le coup d’une forte émotion, de même la touche de Van Gogh nous révèle quelque chose de son état d’esprit. C’est l’expression directe de l’exaltation même de l’esprit de l’artiste ». L’image photographique peut elle aussi révéler avec la même intensité les mouvements de l’me de l’auteur, par les mouvements imprimés à l’appareil, par les déchirures de lumière qu’ils provoquent, et par bien d’autres moyens.
C’est vrai qu’aujourd’hui tout le monde, ou presque, fait des photos. Chacun peut facilement appuyer sur la touche du déclencheur d’un appareil photo, beaucoup plus facilement en extraire quelque chose qui paraisse acceptable ou grandiose qu’en se mettant à tambouriner sur les touches du clavier d’un piano, ou à peinturlurer à grands coups de touches (ou de taches) de couleur Tout le monde peut ressentir ainsi, grce à la photographie, l’envie d’être un artiste, et c’est encourageant.
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| © Xavier Zimbardo |
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Mais tout le monde peut aussi, grce à la photographie, se prendre soudain pour un artiste, et là c’est embêtant. Cela vaut en tout cas la peine qu’on s’y attarde
Amateur est un mot piège. Souvent, on oppose l’amateur au professionnel. L’amateur s’excuse en rougissant de ses possibles maladresses et prononce la phrase attendue et mille fois entendue : « Je ne suis pas un professionnel comme vous ». Il faut en finir tout de suite avec cette équivoque : la valeur d’une photographie en tant qu’œuvre d’art n’a que très peu à voir, sinon rien, avec le fait qu’elle se vende ou non, ni avec le fait que l’artiste vive financièrement de son art ou non. Le fait qu’une photo se vende peut avoir à faire avec la reconnaissance d’un artiste en tant qu’artiste, puisque ce qu’il fait a su plaire et que quelqu’un a fait le sacrifice d’une partie de ce qu’il possède afin de pouvoir l’acquérir et vivre avec cette œuvre-là, mais cela ne définit pas cette œuvre-là en tant qu’œuvre d’art.
Quelques-uns des artistes les plus fascinants sont toujours restés des amateurs. Certains ont dû travailler comme enseignants, gardiens de square, chauffeurs de taxis pour garder leur indépendance et le droit de mettre au monde les œuvres qu’ils pourraient contempler avec respect d’eux-mêmes et satisfaction de l’œuvre accomplie. Je ne citerai pour exemple que l’extraordinaire Mario Giacomelli, imprimeur de son état.
Une chose par contre est sûre : l’artiste donne à son art toute sa vie, il s’y consacre entièrement, et sans doute il n’a pas le choix puisque sans ce don total, il ne saurait atteindre son but, qui est une quête d’absolu : lui-même. Au cours de ce chemin s’accomplit l’œuvre. Que l’on ne s’y trompe pas : l’artiste peut être un amateur, mais la dure loi de la création lui interdit d’être un dilettante. Au terme de professionnalisme, qui contient l’idée de gagne-pain, je préfère celui de maîtrise, qui se réfère essentiellement à un savoir-faire, à une habileté technique. Sans cesse, pour construire son œuvre, pour mettre au monde son univers, l’artiste se trouve confronté à des problèmes techniques.
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| photographie.com : 2005-02-21 |
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